Jacques Puel nous a quittés. L'hommage de Nicolas Danchin au nom de la Société Française de Cardiologie
C'est au nom de la SFC, dont Jacques était le vice-président pendant mon mandat, au nom de son président, Pascal Guéret, qui est ici parmi nous, de tous les anciens présidents, dont nombre sont également présents, au nom de tous ses membres et, par delà, au nom de tous les cardiologues, que je souhaite dire ces quelques mots.
Jacques était un grand, un cardiologue unique.
Cardiologue interventionnel d'abord, pionnier de l'angioplastie coronaire et qui a été le premier au monde à implanter un stent coronaire chez l'homme, en 1986. Une première qu'il a gérée avec énormément de modestie, avec l'humilité qui le caractérisait. Cette modestie était sans doute accentuée par le fait que déjà il percevait que l'angioplastie, qui ne traite qu'un petit morceau d'artère, n'était qu'une réponse partielle à un problème plus global. Ce qui intéressait Jacques, c'était, par delà ce petit segment d'artère, par delà l'arbre artériel tout entier, l'homme qui était touché par la maladie artérielle. Cette pensée humaniste l'a ainsi conduit à analyser avec un œil critique et malgré tout bienveillant, les excès de la cardiologie interventionnelle, souvent engendrés par la fascination des prouesses techniques. Il en a fait un véritable combat, rappelant sans cesse que c'était le malade dans son entièreté qui méritait avant tout la considération des cardiologues. Ainsi, de cardiologue interventionnel de renom, Jacques est ainsi devenu ce cardiologue "complet", unique, que nous connaissons et que nous aimions.
Au sein de la Société Française de Cardiologie, il a mis en œuvre tout son talent. Je devrais dire, tous ses talents. Talent de négociateur hors pair (je ne lui connaissais pas d'ennemi) avec la création du groupe urgence dans lequel il a su, sans drame et malgré les réticences de beaucoup, impliquer nos amis urgentistes, ou encore la mise en place du premier Printemps de la Cardiologie, à Toulouse, il y a tout juste deux ans. Son talent de visionnaire, aussi, puisqu'il avait senti très tôt la nécessité d'impliquer nos plus jeunes collègues dans la vie de la SFC et dans le mouvement scientifique d'une discipline passionnante ; une réflexion qui a été à l'origine de la création, avec Geneviève Derumeaux, du groupe des jeunes cardiologues en formation. Et surtout peut-être son talent pédagogique tout particulier. Jacques a inventé une nouvelle méthode de présentation orale, dénuée de tout support écrit ou visuel et totalement axée sur une utilisation si extraordinaire, si brillante, si pleine d'humour et surtout si poétique, de la langue française. Personne ne pouvait lâcher le fil de son discours lorsqu'il s'exprimait, dans une improvisation savamment travaillée, et grâce à laquelle il faisait si bien passer ses messages. Jacques était un très grand. Nous ressentons tous qu'il manquera à la SFC le souffle poétique qu'il y aurait fait passer, s'il avait pu, comme prévu, en prendre les rênes.
J'aimerais terminer par une note plus personnelle. Nous nous connaissions depuis près de 25 ans, ayant régulièrement fréquenté les mêmes congrès, les mêmes tribunes, depuis les premières heures de la cardiologie interventionnelle et nous avons développé, au-delà d'une amitié professionnelle alimentée par l'estime réciproque, une profonde et pudique affection. Ces deux dernières années, pendant lesquelles Jacques a fait preuve d'un courage tellement remarquable, ont encore renforcé cette proximité. Je voudrais juste vous faire partager une image forte que je retiens de lui et qui m'est souvent revenue, ces derniers mois : cette habitude qu'il avait, lorsque nous étions en congrès et que nous avions terminé un dîner en commun, de sortir, généralement c'était par une porte à tourniquet, une cigarette pas encore allumée à la main, pour marcher, et se retrouver seul avec lui-même, pour penser et se laisser imbiber de la rue et de la nuit. Poète jusqu'au soir.
A sa femme Michèle, à ses enfants et à toute sa famille, j'exprime les condoléances de toute la société française de cardiologie et mes pensées les plus affectueuses. Soyez assurés que nous ne l'oublierons pas.

